6/07/2013 << Marinaleda, un village en utopie >>

Du droit à terre au droit au logement. Marinaleda, un village andalou en autogestion unique en europe

Marinaleda«Pas de chômeurs, pas de promoteurs. Collectivisation des terres et des moyens de production. Et la démocratie, la vraie, la directe. C’est tout ce dont nous parlons depuis fort longtemps. C’est ce dont parlent également les Indignés espagnols. Il y a un endroit où cela fonctionne depuis 1978. C’est le village de Marinaleda.».

Marinaleda, village d’Andalousie, développe depuis les premières élections libres de 1979 un système social et politique à contre-courant du modèle prédominant. Ses habitants ont obtenu par des actions incessantes 1 200 hectares qu’ils exploitent aujourd’hui en coopérative. Cette coopérative intègre ses propres unités de transformation et commercialise sa production. Le village a développé des formes innovantes de démocratie directe et de mise à disposition de logements très bon marché. La démocratie directe, la lutte collective, la participation bénévole ont transformé la vie de ses habitants, des paysans sans terre.

En mêlant les images de la vie quotidienne à celles réalisées par les villageois eux-mêmes – fresques murales, films de propagande, télévision locale – le film de Sophie Bolze explore la complexité de cette expérience collective.

  • Réalisatrice : Sophie Bolze
    VF sous titré – 80 mn – 2009
     
  • Distributeur : Tarmak films
     
  • Extrait :


Marinaleda, une utopie vers la paix par Zolive13013

Reportage Marinaleda France 2 dans Carnets d'Utopie de Michel Mompontet 24/03/2013


Carnets d'utopies n°2 de M. Mompontet / Version… par 13h15_France2

 

Vous pouvez visionner sur cette page une vidéo de 12 minutes (co-financée par Le Grand Soir) sur Marinaleda, l’extraordinaire petit village andalou où se précipitent, venus du monde entier, des curieux, des sociologues, des rêveurs, des assoiffés de solidarité, de justice, d’égalité et d’amour.

Cette vidéo fait suite à un article que nous avons publié ici le 7 mai ( http://www.legrandsoir.info/les-petits-matins-de-marinaleda.html).

L’article et la vidéo ont une histoire « marinaledesque ». En début d’année, quand Jean Ortiz nous a (re)parlé de ce village, nous lui avons demandé d’y aller comme « envoyé spécial » du Grand Soir. Il avait d’ailleurs projeté de le faire avec ses amis d’Emmaüs-Pau qui voulaient filmer.

LGS a co-financé l’opération et la vidéo. Avec quel argent, alors que nous sommes un site gratuit ? Avec celui de vos dons qui nous parviennent de temps à autre. Il vous plaira assurément qu’il en soit fait un tel usage (1).

Sur cette (votre) vidéo plane l’ombre de l’abbé Pierre et du Che.

Vous y entendrez un maire charismatique et modeste expliquer comment il s’est mis hors la loi parce que « les pauvres ont le droit de manger tous les jours ».

Vous y entendrez les villageois dire leur fierté.

Ces dernières heures, la « Justice » espagnole vient de se remettre en branle pour que soit appliqué un jugement qui condamne les trublions à 53 ans de prison et 400 000 euros d’amende.

http://www.legrandsoir.info/acharnement-politique-et-judiciaire-contre…

Alors que nous avons tant de raisons de désespérer de tout (et la lecture du Grand Soir alimente parfois la sinistrose), laissez-vous emporter par cette utopie concrète, cette démonstration qu’un autre monde est possible. Regardez cette poignée d’irréductibles tranquilles que le puissant royaume d’Espagne ne parvient pas à faire plier.

Le Grand Soir.

 


Articles sur l'expérience Marinaleda tirés de blogs :

  1. Marinaleda: Un modèle d’auto-gestion unique en Europe
     
  2. Marinaleda, village autogestionnaire, une utopie anticapitaliste
     
  3. Nouvelles de Marinaleda

Marinaleda: Un modèle d’auto-gestion unique en Europe
Marina Dufour (19/10/2010)
http://www.legrandsoir.info/Marinaleda-un-modele-d-auto-gestion-unique-en-Europe.html

Depuis l’alerte google Alternatives au capitalisme j’ai récemment découvert l’existence de MARINALEDA, une commune de 2645 habitants en Andalousie « où Marx vivrait s’il était encore en vie, avec zéro chômage, zéro policier et des habitations à 15 euros par mois » (1). Une alternative au capitalisme réalisée à moins de 2000 km de chez nous et qui fonctionne depuis plus de 30 ans sans que je n’en aie jamais entendu parler ? A la première occasion, c’est donc sac à dos, train, bus et autostop que j’irai pour vérifier si cette belle utopie existe vraiment…

Comme c’est Pâques, je tombe en pleine Semana Santa. Au village voisin on m’avertit : « Leur maire est un fou, quand nous autres, Espagnols, faisons des processions religieuses, eux ils font la fête pendant 5 jours »

J’apprends que la fête de la paix qui tombe durant la Semaine Sainte y est effectivement une tradition depuis plusieurs années et beaucoup de jeunes de Sevilla, Granada ou Madrid ont rejoint les villageois. Des lectures, des films ou une conférence, en solidarité avec la Palestine, ainsi qu un appel au boycott des produits israéliens ouvrent les soirées de concerts et de fête. Pour les nuits, l’immense complexe poly-sportif reste ouvert pour loger les visiteurs de l’extérieur. Une première auberge est en construction.

En tant que membre de l’association de solidarité Suisse-Cuba, je m’étais déplacée pour voir s’il existait effectivement une expérience socialiste un peu similaire à la révolution cubaine ici en Europe et j’en ai eu pour mon compte.

Le droit à la terre et au travail

A Marinaleda aussi, il a fallu d’abord passer par une réforme agraire. « La lutte révolutionnaire du peuple cubain a été une lumière pour tous les peuples du monde et nous avons une grande admiration pour ses acquis », m’explique Juan Manuel Sanchez Gordillo, maire communiste, réélu depuis 31 ans. Il était le plus jeune édile d’Espagne en 1979. En 1986, après 12 ans de luttes et d’occupations où les femmes ont joué le rôle principal, ce village a réussi à obtenir 1200 ha de terre d’un grand latifundiaire, terre qui a aussitôt été redistribuée et transformée en coopérative agricole de laquelle vit aujourd’hui presque tout le village. « La terre n’appartient à personne, la terre ne s’achète pas, la terre appartient à tous ! ».

A la ferme de la coopérative, EL HUMOSO, les associés travaillent 6.5h par jour, du lundi au samedi, ce qui donne des semaines de 39 h. Tout le monde a le même salaire, indépendant de la fonction. 400 personnes du village les rejoignent pendant les mois de novembre à janvier (olives), et 500 en avril (habas, haricots de Lima).

La récolte (huile d’olive extra vierge, artichauts, poivrons, etc.,) est mise artisanalement en boite ou en bocal dans la petite fabrique HUMAR MARINALEDA au milieu du village où travaillent env. 60 femmes et 4-5 hommes en bavardant dans une ambiance décontractée. Le tout est vendu principalement en Espagne. Une partie de l’huile d’olive part pour l’Italie qui change l’étiquette et la revend sous un autre nom. « Nous avons la meilleure qualité, mais malheureusement, c’est eux qui ont les canaux pour la commercialisation » m’explique un travailleur de la ferme. Avis donc aux magasins alternatifs de chez nous pour leur proposer un marché direct…

Les bénéfices de la coopérative ne sont pas distribués, mais réinvestis pour créer du travail. Ça a l’air si simple, mais c’est pour cela que le village est connu pour ne pas souffrir du chômage. En discutant avec la population, j’ai pourtant appris qu’à certaines époques de l’année, il n’y a pas assez de travail dans l’agriculture pour tous, mais que les salaires sont tout de même versés. Comme à Cuba, l’habitation, le travail, la culture, l’éducation et la santé sont considérées comme un droit. Une place à la crèche avec tous les repas compris coûte 12 euros par mois. A nouveau, ça rappelle Cuba où l’éducation est gratuite, depuis la crèche jusqu’à l’université.

Les maisons auto-construites

Plus de 350 maisons ont déjà été construites par les habitants eux-mêmes. Il n’y a pas de discrimination et l’unique condition pour une attribution est de ne pas déjà disposer d’un logement. La municipalité met à disposition gratuitement la terre et les conseils d’un architecte, Sevilla fait un prêt des matériaux. Les maisons ont 90m2, deux salles d’eau et une cour individuelle de 100m2 où on peut planter ses légumes, faire ses barbecues, mettre son garage ou agrandir en cas de besoin. Comme dans certaines régions à Cuba, un groupe de futurs voisins construisent ensemble pendant une année une rangée de maisons mitoyennes sans savoir encore laquelle sera la leur. Une fois le logement attribué, les finitions, l’emplacement des portes, les ouvertures peuvent être individualisées par chaque famille. Le loyer se décide en réunion du collectif. Il a été arrêté fixé à moins de 16 euros par mois. Les constructeurs deviennent ainsi propriétaires de leur maison, mais elle ne pourra jamais être revendue. (En dehors de l’auto-construction, j’ai rencontré une famille qui loue à 24 euros par mois ainsi que la seule ouvrière de la fabrique Humar Marinaleda qui vient de l’extérieur et qui paye, elle, 300 euros pour son logement. Les personnes qui souhaitent vivre à Marinaleda doivent y passer deux ans d’accoutumance avant une décision définitive).

Le coiffeur, qui fait plutôt partie de la minorité de l’opposition, est propriétaire de sa maison et se plaint de devoir travailler quand même. A ma question, pourquoi il ne vend pas sa maison à une des nombreuses familles espagnoles qui aimeraient venir rejoindre ce village, il dit qu’il y a tout de même aussi des avantages de rester ici. (L’opposition serait financée par le PSOE, Partido socialisto obrero espagnol, selon certaines sources).

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MARINALEDA – http://www.npa2009.org

Ce samedi de Pâques, les intéressé-e-s sont invités à la mairie pour une petite conférence. Le maire nous explique son point de vue sur différents points avant de répondre à nos questions. En voici quelques extraits ou résumés :

S’organiser

« Il faut lutter unis. Au niveau international, nous sommes connectés avec Via campesina, puis nous nous sommes organisés syndicalement et politiquement », nous communique le maire. Esperanza, 30 ans, éducatrice de profession, conseillère sociale bénévole de la municipalité, m’avait déjà expliqué ceci la veille au « syndicat », bar et lieu de rencontres municipal : « Ici, nous avons fait les changements depuis le bas, avec le SAT, syndicat de travailleurs d’Andalousie, anciennement SOC, syndicat fondé en 76, juste après Franco, et avec la CUT, collectif unitaire de travailleurs, parti anticapitaliste ».

Pas de gendarme

« Nous n’avons pas de gendarmes ici – ça serait un gaspillage inutile » Les gens n’ont pas envie de vandaliser leur propre village. « Nous n’avons pas de curé non plus –gracias à Dios ! » plaisante le maire. La liberté de pratiquer sa religion est pourtant garantie et une petite procession religieuse timide défile discrètement, sans spectateurs, dans le village en évitant la place de fête.

Le capitalisme

« La crise ? Le système capitaliste a toujours été un échec, la crise ne date pas d’aujourd’hui. L’avantage de la crise : le mythe du marché est tombé (…) Les réalités sont toujours les mêmes : quelque 2% détiennent 50% de la terre (…). Ceux qui veulent réformer le capitalisme veulent tout changer pour que rien ne change ! Dans le capitalisme, on a des syndicats de régime et non pas des syndicats de classe, il y a beaucoup d’instruments d’aliénation, pas de liberté d’expression, seulement la liberté d’acquisition (…) A Marinaleda, nous serons les premiers quand il s’agit de lutter et les derniers à l’heure des bénéfices. »

Démocratie

« Nous pratiquons une démocratie participative, on décide de tout, des impôts aux dépenses publiques, dans des grandes assemblées. Beaucoup de têtes donnent beaucoup d’idées. Nos gens savent aussi qu’on peut travailler pour d’autres valeurs qu’uniquement pour de l’argent. Quand nous avons besoin ou envie, nous organisons un dimanche rouge : par exemple certainement dimanche après cette fête, il y aura assez de jeunes volontaires qui viendront nettoyer la place ou préparer un petit déjeuner pour les enfants et tout ceci pour le plaisir d’être ensemble et d’avoir un village propre (…). La démocratie doit être économique et sociale, pas seulement politique. Quant à la démocratie politique, la majorité 50%+1 ne sert à rien. Pour une vraie démocratie, il faut au moins 80-90% d’adhérents à une idée. D’ailleurs, toutes nos charges politiques sont tous sans rémunération ».

Luttes futures et amendes…

Le maire appelle à participer à la grève générale annoncée par le SA pour ce 14 avril, en solidarité avec les sans terres en Andalousie qui ne bénéficient pas encore de leur droit à la terre et aussi pour nos revendications à nous. Il préconise aussi la nécessité de nationaliser les banques, l’énergie, les transports, etc. Nous devons 20-30 millions de pesetas d’amendes pour nos luttes différentes…

La culture, les fêtes

« Nous faisons beaucoup de fêtes avec des repas communs gratuits, et il y a toujours assez de volontaires pour organiser tout cela. La joie et la fête doivent être un droit, gratuites et pour tous. Ce n’est pas la mayonnaise des médias qui vont nous dicter ce qui doit nous plaire, nous avons une culture à nous. »

Expérience sociale unique en Europe

Avec un sol qui n’est plus une marchandise, mais devenu un droit pour celui qui veut le cultiver ou l’habiter, une habitation pour 15 euros par mois, du sport ou la culture gratuits ou presque (piscine municipale 3 euros pour la saison), un sens communautaire de bien-être, je pense pouvoir dire que Marinaleda est une expérience unique en Europe.
Chaque samedi d’ailleurs, le maire répond également aux questions des villageois présent-e-s à la maison communale sur la chaîne de la TV locale. Cela nous rappelle l’émission « Alô présidente » de Hugo Chavez, un autre leader pour lequel Gordillo a exprimé son admiration.

La désinformation

Apaga la TV, enciende tu mente – Eteins la TV, allume ton cerveau, ce premier mural m’avait frappé, il se trouve jusqu’en face de la TV locale… A ma question en lien avec la désinformation, Juan Miguel Sanchez Gordillo me fait part de son plan d’écrire un livre sur « Los prensatenientes » – la demi-douzaine de transnationales qui possèdent les médias dans le monde. « Pendant que la gauche écrit des pamphlets que personne ne lit, la droite économique, la grande bourgeoisie, installe chez toi plein de canaux de télévision racontant tous les mêmes valeurs et propageant la même propagande mensongère. (…) Au niveau de l’information, l’éducation est très importante » et, en ce qui concerne le programme national de l’éducation, cela ne lui convient pas. Jean Manuel Sanchez Gordillo me confie donc qu’il compte venir bientôt en Suisse pour étudier notre système d’éducation qui est organisé au niveau cantonal… Probablement il pense que nous sommes une vraie démocratie avec des programmes scolaires indépendants du pouvoir…

Des expériences alternatives au capitalisme qui font peur

Par rapport aux médias, la question que je me pose à nouveau est la suivante : Pourquoi l’expérience de Marinaleda est si mal connue en Espagne ainsi qu’auprès de nos édiles ? Pourquoi Cuba, cas d’école au niveau mondial en ce qui concerne la désinformation, mérite un budget annuel de 83 millions de dollars de la part des Etats-Unis, consacrés uniquement au financement de la désinformation et des agressions contre ce petit pays ?

Y aurait-il des alternatives au capitalisme qui fonctionnent depuis longtemps et qui font si peur à certains ?

Andrea Duffour
Association Suisse-Cuba
http://www.cuba-si.ch


Marinaleda, village autogestionnaire, une utopie anticapitaliste

Les journalistes et les politiciens nous répètent sans cesse qu’il n’existe pas d’autre modèle que le capitalisme, pas d’autres perspectives que le libéralisme et la loi du marché, qu’il n’y a aucune alternative.

Et pourtant, en Espagne, il y a une petite ville anticapitaliste qui résiste à l’idéologie dominante, cette ville c’est Marinaleda ! Dans la campagne Andalouse des environs de Séville, ses 2700 habitants appliquent le droit au logement, au travail, à la santé et à l’éducation.

Cette aventure particulière commence en 1979 par une victoire aux élections du Collectif Unitaire Des Travailleurs. Après de nombreuses luttes, les habitants parviennent à exproprier une partie des terres agricoles en friche, afin de disposer de leurs outils de travail. Ils construisent ensuite une usine de conserve de légumes sous forme de coopérative qui ne redistribue pas les bénéfices ; ils servent à créer de l’emploi et à améliorer la vie des habitants. Dans le même temps, la ville se dote d’une chaine de télé et de radio locale pour lutter contre la propagande médiatique des groupes de pression économique qui déforment l’information.

C’est la cupidité qui a plongé le monde dans la crise, c’est le carriérisme et la professionnalisation des élus qui a éloigné les citoyens de la politique et les politiques des citoyens. A Marinaleda, le maire et ses adjoints ne touchent aucune rémunération, et s’engagent par contrat à être les derniers à percevoir un quelconque bénéfice ou avantage d’une décision prise par le conseil municipal auquel tout le monde peut assister. De toute façon, ce ne sont que des porte-paroles de la volonté générale : car, ici, tous les élus sont révocables par simple vote des habitants. Toutes les questions importantes sont soumises à la concertation et au vote populaire.

Ce modèle est transposable dans d’autres villes sans aucune restriction. Il ne s’agit que de volonté collective, de conscience citoyenne et de volonté commune. Il faut sortir de l’individualisme et du chacun pour soi. A Marinaleda le salaire des travailleurs, quel que soit le poste qu’ils occupent, est de 47 euros par jour soit 1128 euros par mois ! Mais le loyer des maisons est de 15 euros par mois, la crèche de 12 euros par mois, cantine comprise, et l’abonnement à la piscine de 3 euros à l’année ! Il n’y a pas besoin de policiers, car tout est construit par et pour les gens du village et il n’y a aucune raison de dégrader ce qui a été construit par tous avec des budgets approuvés par l’ensemble des citoyens.

C’est beau, mais certains ne l’acceptent pas. Oser construire un modèle alternatif indépendant du modèle mis en place et contrôlé par nos élites aux ordres du capital n’est pas du gout de tout le monde. Le maire a été victime de deux attentats de l’extrême droite, il a aussi été en prison et a subi des menaces et des intimidations. Le combat a duré des années et la population n’a pas hésiter à faire une grève de la faim.

Marinaleda fonctionne en démocratie directe et participative dont on nous parle mais que personne n’est pressée d’appliquer. Tous les aspects de la vie sociale, politique et économique de la commune y sont discutés et mis en œuvre collectivement par les citoyens.

Juan Manuel Sánchez Gordillo, maire de Marinaleda, est un militant de la gauche anticapitaliste. Depuis plus de 30 ans, il est régulièrement réélu mais n’est avant tout que le porte-parole de la volonté générale d’un village dont le fonctionnement est pensé comme une globalité.

ROBERT GIL
http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/marinaleda-village-116871
 


Nouvelles de Marinaleda
Mohamed Belaali
http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/nouvelles-de-marinaleda-99529

Les habitants de Marinaleda poursuivent avec toujours autant de courage, d'enthousiasme et de détermination leur originale et formidable expérience. Ils savent combien les autres communes souffrent des conséquences de la crise à répétition du capitalisme et des politiques désastreuses du gouvernement espagnol. Ce n'est pas un hasard s'ils ont infligé une lourde défaite au PSOE aux élections municipales du mois de mai dernier (1). En cet été 2011, Marinaleda foisonne de projets et de rêves pour améliorer encore et encore la situation matérielle et intellectuelle de l'ensemble de ses habitants. Ces projets et ces rêves collectifs permettent à Marinaleda d'avancer sur le chemin du progrès et de réaliser des avancées sociales concrètes sans lesquelles la démocratie reste un concept creux sans contenu réel.

En face de l'Ayuntamiento (mairie), de nouvelles maisons à 15 euros par mois viennent s'aligner à côté des anciennes permettant ainsi aux familles entières d'ouvriers de bénéficier concrètement de ce droit vital dont parle l'article 25.1 de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme. A Marinaleda, le logement cesse d'être une marchandise qui s'achète et se vend sur le marché, avec les terribles conséquences économiques et sociales que l'on connaît, et devient un droit tangible. Il ne s'agit nullement d'une quelconque propriété privée, mais d'un droit d'utiliser le logement par l'habitant et ses descendants sans jamais le posséder. Et comme l'écrivait K. Marx dans les Manuscrits de 1844 « La propriété privée nous a rendus si stupides et si bornés qu'un objet n'est nôtre que lorsque nous le possédons » !

Mais le logement aussi vital soit-il ne suffit pas à assurer une vie décente aux ouvriers et aux ouvrières de Marinaleda. Il faut le compléter par l'emploi. Ici, les habitants ne connaissent pas le chômage et ses drames humains qui ravagent l'Espagne et toute l'Europe. La crise du capitalisme et les politiques ultralibérales du Parti Socialiste Ouvrier d'Espagne (PSOE) au pouvoir ont privé des millions d'espagnols de leur travail et les ont jetés dans la misère. L' Andalousie compte, à elle seule, 1 200 000 hommes et femmes sans emplois et 3 000 000 de pauvres. Des milliers de familles qui ne peuvent plus rembourser leurs emprunts aux banques, sont jetées dans la rue. Beaucoup de chômeurs des communes proches viennent travailler à Marinalida notamment l'été où l'activité agricole le permet. D'autres sans emploi viennent de plus loin, du Maroc, de la Roumanie et même de la Grèce ! Les habitants et l'équipe municipale font de leur mieux pour satisfaire tout le monde dans la mesure du possible. Le village travaille d'arrache-pied pour pouvoir multiplier par deux le nombre d'emplois dans l'industrie agro-alimentaire. Une nouvelle coopérative vient d'être créée ce qui porte leur nombre total à huit unités. Les ouvriers et les ouvrières de Marinaleda projettent également d'augmenter la capacité productive des coopératives déjà existantes en investissant massivement dans le progrès technique. Le surplus dégagé par l'activité des coopératives est automatiquement réinvesti pour créer toujours plus d' emplois conformément à leur projet collectif initial élaboré lorsqu'ils ont récupéré les terres au Duc de l’Infantado après une longue lutte pacifique. Ici il n'y a ni bénéfices à réaliser ni dividendes à distribuer. Seuls comptent la création massive d'emplois et le bien être des travailleurs.

Et ce qui est vrai du logement et de l'emploi, ne l'est pas moins des autres réalisations sportives et intellectuelles indispensables pour le bien être et le développement individuel et collectif de tous. Marinaleda est déjà riche en équipements collectifs : piscine, complexe sportif, garderie, bibliothèque, parc naturel, amphithéâtre pour spectacles, services à domicile pour personnes âgées etc. etc. Tous ces équipements et ces services sont offerts gratuitement ou quasi-gratuitement à l'ensemble des habitants. Mais le conseil municipal et les assemblées générales, sans relâche, proposent, débattent décident de nouveaux projets, de nouvelles constructions, de nouvelles améliorations et agrandissements des équipements existants. La quête du bien être de l'ensemble des habitants est ici une lutte et une construction permanente. Ainsi, il a été décidé que la magnifique piscine de Marinaleda devait servir toute l'année et non seulement durant la période estivale. Les travaux de la première phase de cette nouvelle piscine couverte ont déjà commencé. Elle comportera une zone pour la pratique de la natation et une autre sera réservée aux personnes, pour des raisons médicales, nécessitant une rééducation.

Marinaleda s'est équipée également de toutes les installations nécessaires pour pouvoir offrir Internet gratuitement à l'ensemble de ses habitants leur facilitant ainsi l'accès aux moyens modernes de communications et partant une certaine ouverture sur le monde.

Le conseil municipal et les assemblées générales projettent aussi d'équiper, dans un premier temps, tous les édifices publics, le complexe sportif, les prochaines maisons à 15 euros et la Résidence des personnes âgées, de capteurs solaires. Ce projet, avec la collaboration étroite de la commune limitrophe de Matarredonda, s'inscrit dans un vaste programme d'utilisation des énergies alternatives (solaire et éolienne) pour atteindre l'autosuffisance énergétique.

Par ailleurs, une partie des retraités dispose depuis cet été de ce que l'on appelle ici « huertos sociales »(jardins sociaux). Il s'agit de parcelles de terre offertes gratuitement à chaque retraité pour cultiver ce que bon lui semble. Ces « jardins sociaux »constituent non seulement une espèce de « thérapie active » pour les personnes à la retraite, mais aussi une occasion pour la commune de tester et d'utiliser les techniques de l'agriculture biologique. La commue compte généraliser ces « jardins sociaux » à l'ensemble des retraités de Marinaleda.

D'autres projets sont prévus ou en voie de réalisation dans cette commune andalouse de 3000 habitants, comme par exemple, cette nouvelle Résidence pour personnes âgées en voie de construction et qui a coûté quatre millions d'euros à l'ensemble des habitants. Il s'agit d'un hommage collectif rendu aux anciens qui ont tant lutté et tant souffert de la misère avant la récupération des terres. Marinaleda fête d'ailleurs tous les ans la journée des personnes âgées en leur offrant, à chacune d'entre elles, un cadeau symbolique en signe « d'affection et de respect ».

Est-ce à dire que tout va bien à Marinaleda ? Loin s'en faut ! Les ouvriers et les ouvrières qui dirigent la petite ville ne prétendent nullement à l'infaillibilité, caractéristique détestable des dirigeants bourgeois. Ils essaient par leur travail quotidien, humblement, modestement d'améliorer leur situation matérielle et culturelle. Toutes leurs décisions sont prises démocratiquement et dans la transparence la plus totale. Leurs paroles et leurs actes, y compris leurs défaillances, sont affichés et mis à la disposition de tous. Et il reste encore beaucoup de choses à faire ou à améliorer. Même si le domaine de la Santé par exemple relève des attributions du gouvernement espagnol, Marinaleda manque cruellement de médecins et d'infirmières. Les habitants le savent et tentent de suppléer l'absence de l'État occupé en ce moment à privatiser ce domaine vital. Ils ont engagé exactement

1 250 000 euros pour créer un nouveau « dispensaire » ouvert à tous (Nuevo consultorio médico de Marinaleda). Ils luttent également, avec les autres communes de la région, pour améliorer l'état désastreux des urgences médicales existantes qui sont considérées par les habitants comme « des attentats contre la vie et la santé pour tous ceux qui ont le malheur de tomber malade ».

Il reste certainement encore beaucoup de chose à faire ou à améliorer à Marinaleda. Mais combien de communes en Andalousie et dans toute l'Espagne voire dans toute l'Europe offrent-elles un emploi et un logement quasi-gratuitement à leurs habitants ? Combien de communes ont-elles pu traduire autant de projets sociaux dans la réalité la plus concrète ? Combien de communes où le maire et les conseillés municipaux, pour les charges qui leurs incombent, ne touchent le moindre centime d'euro, ne bénéficient du moindre privilège et consacrent leur temps et leur énergie à lutter côte à côte avec l'ensemble des habitants pour le bien être de tous ? Ici il n' y a ni corruption, ni corrompu. Il n'y a que des hommes et des femmes qui par leur lutte et leur travail au jour le jour construisent ensemble, à leur échelle, avec courage et détermination une autre société radicalement différente de la société capitaliste.

Mohamed Belaali

http://belaali.over-blog.com/

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(1) Aux élections municipales et régionales du mois de mai 2011, le PSOE a perdu deux sièges sur les quatre qu'il possédait auparavant. Ainsi les représentants des ouvriers et des ouvrières agricoles menés par Juan Manuel Gordillo occupent désormais neuf sièges, au lieu de sept, sur onze que compte le conseil municipal de Marinaleda.


En ce début de 21e siècle, toute l’Europe est sous domination capitaliste. Toute ? Non, car un petit village d’irréductibles Andalous résiste encore…

Sur la route des utopies, il y a des noms célèbres. Marinaleda en fait partie. Ce village espagnol de 3000 habitants a développé un modèle social collectiviste et participatif qui lui vaut une réputation internationale. Le village voit débarquer régulièrement journalistes, militants et utopistes d’ailleurs, venus voir comment il est possible de vivre sur des terres collectivisées, sans policier, en repartissant le travail entre toutes et tous…

Attirés par la légende, nous nous y sommes rendus pendant quelques jours. Le seul bus de la journée nous a déposés dans la rue principale, bordée d’orangers. Au premier regard, Marinaleda ressemble à d’autres villages perdus en Andalousie. Des petites rues proprettes, quelques commerces et autant de bars. Mais à y regarder de plus près, quelques détails nous confirment que nous sommes au bon endroit : rue « Che » Guevara, avenue de la liberté, des fresques révolutionnaires sur les murs qui bordent le parc…

Un modèle construit par la lutte et géré collectivement

Pour comprendre le modèle de Marinaleda, il est impossible de ne pas faire un détour par son histoire. Lorsqu’on demande aux habitants comment cela est possible, la réponse est unanime : « grâce à la lutte », qu’ils mènent depuis plus de 30 ans.

Aux premières élections communales après la dictature franquiste (1979), le Syndicat des ouvriers agricoles, récemment créé dans le village, remporte les élections communales avec 9 conseillers sur 11. Sanchez Gordillo est élu bourgmestre. Il l’est toujours aujourd’hui. Pendant ces 35 années de majorité absolue, les habitants se sont organisés et ont mené de nombreuses luttes pour obtenir des droits : collectivisation des terres d’un riche propriétaire terrien, aide à l’emploi, eau, accès au logement…

 

Ces larges mobilisations sont décidées collectivement, comme d’ailleurs toutes les décisions importantes dans la commune.

 

Du travail pour tous

Les poivrons, artichauts et autres légumes cultivés sur les terres collectivisées sont mis en conserves dans une usine construite par la coopérative du village. L’administration communale emploie des habitants pour tous les chantiers d’entretien et de construction. Ainsi, de 2000 à 2008, les postes de travail créés par les cultures, l’usine et les chantiers de la commune ont permis de réaliser le rêve du plein emploi. Le taux de chômage frôlait zéro, tout le monde travaillant pour un barème unique, environ 1200 euros par mois.

Depuis peu, la crise économique qui frappe durement l’Espagne et les mauvaises conditions météorologiques ont ramené le chômage au village. Le travail disponible est donc réparti entre tous.

 

L’objectif est de permettre à chaque famille du village de jouir d’au moins un revenu. De plus, même si les salaires restent modestes, le village compte de nombreux services gratuits ou à prix modique : garderie pour 15 euros par mois, accès wifi gratuit et généralisé, infrastructures sportives d’envergure (salle multisports, piscine, terrains de foot et de tennis…), activités culturelles gratuites…

Accès aux droits fondamentaux

La logique qui guide la politique du village est de permettre l’accès de tous aux droits fondamentaux : travail, loisir, logement…

Pour ce dernier, par exemple, le village fait figure de pionnier avec l’idée de maison en autoconstruction. Le principe est simple, mais a permis à plus de 200 familles d’avoir accès à leurs propre maison.

 

Les limites de l’utopie

Le modèle social a de quoi faire rêver. En 35 ans, Marinaleda est passé par un processus de changements politiques et sociaux, qui se traduit par des améliorations concrètes dans la vie quotidienne de ses habitants. Aujourd’hui, alors que le système capitaliste traverse une crise violente, ce petit îlot alternatif montre qu’il est possible de fonctionner autrement. Mais comme toute expérience socialement inspirante, il est intéressant de se poser la question de ses limites et de ses contradictions.

Une révolution réelle, mais partielle

Propriété collective des moyens de production, richesse partagée équitablement… Il est certain que le modèle de production a rompu avec le système capitaliste. De ce point de vue, il y a eu une révolution réelle à Marinaleda. Mais celle-ci s’est limitée à l’appareil productif et à assurer l’accès à certains droits sans remettre en question d’autres piliers du système capitaliste, comme la consommation ou l’éducation.

Le supermarché du village vend les produits de la coopérative, mais à part ceux-ci, il n’y a pas de consommation alternative possible à Marinaleda. Production collectiviste, consommation capitaliste.

Le constat est le même au niveau de l’éducation. L’école et le collège de Marinaleda sont gérés par le ministère, les profs viennent de l’extérieur et appliquent le programme officiel. Il n’y a pas plus qu’ailleurs d’ouverture à l’histoire sociale de l’Espagne ou de cours d’analyse critique.

Une jeunesse en décalage

La jeunesse de Marinaleda a hérité des fruits du combat de ses aînés. Alors que ceux-ci se sont battus pour sortir de la grande pauvreté, les nouvelles générations bénéficient des conquêtes passées et connaissent une relative aisance. Se pose dès lors la question de l’avenir, car le modèle repose sur un investissement fort des habitants. Les jeunes prendront-ils la relève ? Les réponses varient. Certains reconnaissent un moindre investissement dans les assemblées et dans les luttes. D’autres, au contraire, affirment qu’ils suivent. D’autres encore que la crise a cela de positif qu’en ramenant le chômage et en exacerbant les injustices du capitalisme néolibéral, elle montre aux jeunes la fragilité de l’utopie et les poussent à s’investir.

Un leader fort présent

Comme l’affirme Saul, Marinaleda c’est un peu la « rencontre entre un village qui avait des nécessités et un homme qui avait des idées ». Sanchez Gordillo est omniprésent. Il dirige le village depuis 35 ans, préside les assemblées, il est la voix de Marinaleda… et beaucoup de chose passent, au final, par lui.

Il y a donc une contradiction entre les structures de démocratie directe et un discours participatif et la centralisation autour du bourgmestre.

Une utopie pour tous ?

Le mythe de Marinaleda a couru. Le village attire. Dans le hall du pavillon sportif qui accueille les visiteurs de passage, se croisent ceux qui sont venus chercher du travail, vu qu’il est partagé, et ceux attirés par le rêve d’une société différente. Beaucoup repartent déçus. Les premiers car la crise a fait apparaître de nouvelles règles. Il faut désormais être domicilié au village pour pouvoir être inclus dans la redistribution du travail. Les seconds car l’utopie de Marinaleda n’est sans doute pas la leur, mais bien celle d’un village de journaliers andalous qui ont voulu sortir de la misère. Il n’y a pas vraiment de place pour les étrangers qui souhaiteraient apporter leur énergie à la construction d’une autre société. Car le rêve que les journaliers de Marinaleda concrétisent peu à peu, c’est avant tout un rêve pour et par Marinaleda.

« Una utopia hacia la paz » (une utopie vers la paix)

L’utopie de Marinaleda n’est pas parfaite. Le processus est partiel et connaît des contradictions, ce qui est inévitable dans tout processus de transformation sociale. Mais comme le rappellent souvent ses habitants, elle a valeur d’exemple. Car construire des alternatives, disent-ils, peut être fait partout…

 

Un reportage de Construire l’utopie réalisé par Edith Wustefeld et Yan Verhoeven

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